L'Homme

Publié le par Julien Métais

Il ne faut juger des hommes que par la qualité de leur relation à l’invisible.

Les hommes parlent de tout et de rien avec une facilité déconcertante. Ce sont des funambules de la parole.

L’orgueil de l’homme le contraint à vivre dans l’illusion du chemin.

L’homme est prêt à tout pour sauver sa peau, y compris à se revêtir de celle de ses descendants !

C’est par manque d’ambition que les hommes se sont endormis dans le tombeau de la certitude. Malheur à celui qui serait tenté de les réveiller !

Il est des hommes si pétrifiés intérieurement qu’on redoute à chaque instant qu’un choc violent ne les brise en mille morceaux.

Il faut longtemps avant de s’apercevoir que ce qu’on prenait complaisamment pour le but ultime de son existence n’en est que le moyen imparfait et cruellement redondant.

L’homme est un animal si contrefait que la vue de ses difformités le plonge dans un ravissement ineffable.

On n’imagine pas à quel point ce qu’on connait le mieux nous est étranger.

Le comble de la vulgarité est de faire de l’exhibition du visible le point de jouissance suprême.

Dans chaque homme un assassin attend le moment favorable pour passer à l’acte.

Si grande est la brutalité de la pensée qu’elle ébranle les confins.

L’homme n’est jamais aussi bavard que quand le langage se dérobe sous ses pieds. Dans un geste désespéré il s’agrippe aux mots pour ne pas glisser dans le vide de l’idée et disparaître de la vue de ses semblables.

La pensée vit de hasards. Tout incident sécrète une idée.

La sensibilité de l’homme s’est tellement émoussée que la réalité, si cruelle et violente soit-elle, lui arrache à peine un vague soupir.

Les masques de la vie sont trop nombreux pour espérer voir un jour le véritable visage de l’homme.

Quand on parvient au but le chemin qui y conduit se dérobe.

Les hommes parlent pour se doter des armes indispensables à la rencontre du monde hostile. Ils ne soupçonnent pas que ce monde hostile est un effet direct de leur bavardage incessant, de sorte que plus ils parlent plus ce monde exerce sur eux un ascendant absolu.

Le grand malheur de l’homme est de ne pouvoir franchir le fossé du langage sans manifester au passage de façon appuyée son allégeance aux images enchanteresses qui soutiennent ses pas.

Les rouages du langage auront bientôt fini de broyer ce cœur saignant qui ne veut pas mourir.

La solitude fait peur parce qu’elle enveloppe comme la confirmation d’une certitude longtemps pressentie l’impossibilité pour l’homme de s’adosser plus longtemps à son néant.

Ce n’est pas la vérité qui intéresse les hommes mais la faille qui dans leur désir de vérité maintient ouvert le monde autour d’eux.

L’homme sait que chaque instant peut être le dernier mais il ne se résout pas à vivre comme si ce savoir avait une incidence réelle sur ses actes. Le savoir se détache de l’être et flotte comme un fantôme au-dessus de la mêlée des vivants.

Comment bien user de cet excédent d’esprit dont la nature par une faute de goût extraordinaire a gratifié l’homme ? Telle est la question fondamentale à laquelle toute philosophie digne de ce nom doit répondre.

La pauvreté de l’esprit le condamne à vivre sur les cimes !

Chaque homme est semblable à un miroir vivant dans la profondeur duquel s’agite une marionnette dont les membres battent le vide de leur mouvement inutile.

Tout ce que l’homme sait de lui-même se résume pour l’essentiel à un aperçu sur la grandeur de son ignorance.

Aujourd'hui l’esprit de dispersion a pris possession du monde. Le monde entier tend à se confondre avec cette suite d’images électrifiées qui défilent sans fin au fond de la conscience et relient l’homme à la profondeur de son énigme.

La dématérialisation du monde laissera bientôt les hommes sans rien d’autre à contempler que la tranche de leur néant vacillant dans le vide du désir.

Le grand homme ne répond pas aux disciples qui frappent à sa porte. Il n’a pas de temps à consacrer à la sculpture de son image.

L’homme d’esprit n’a pas de vœu plus cher que d’être terrassé par l’idée qu’il convoite. Il y trouve l’assurance que ses efforts n’ont pas été vains et que ce qu’il a tenté a trouvé sa figure heureuse.

Nombreux sont les hommes en proie au ressentiment. Le bonheur des autres leur inspire un vif dégoût auquel se mêle une pointe de jalousie inavouée. Dans le fond ils souhaiteraient eux aussi connaître et partager ces moments de bonheur imprévus mais ils cultivent à part eux le sentiment morbide que leur tour est passé, de sorte que le mieux qui leur reste à faire est de nourrir et d’entretenir l’esprit de la vengeance en y jetant le meilleur de leurs forces.

Dans nos sociétés du paraître le pouvoir de la séduction tient l’homme en suspens au-dessus de sa tombe. Un geste malheureux suffit à l’y précipiter.

L’esprit de comparaison qui règne partout comme une malédiction empêche les hommes de se tourner les uns vers les autres. Partout des compas qui dans un grand fracas se heurtent et aveuglent leur jugement !

L’humour est une sorte de pirouette spirituelle grâce à laquelle l’esprit retombe sur ses pieds sans jamais se blesser non plus que son interlocuteur.

Nos ennemis sont les images amoindries de la forme élancée qui au loin part à la conquête du monde et qu’on appelle le moi.

L’esprit est une lueur qui court après d’autres lueurs et trouve dans ce mouvement ininterrompu la force de tracer un cercle de feu autour de l’énigme qui le consume.

L’homme n’est jamais aussi bavard que lorsqu'il s’agit de témoigner de la grandeur de son ignorance. C’est ce qu’il appelle savoir.

Le grand bienfait de la mémoire est d’obliger les hommes à se jeter dans l’oubli pour se mettre au monde une nouvelle fois.

Les projets sont des obstacles que l’homme jette devant lui pour ne pas tomber hors du chemin. C’est à ce prix qu’il éprouve le sentiment rassurant d’aller quelque part.

Il ne faut pas mépriser la paresse qui accomplit le prodige de rendre toutes choses également indifférentes.

Le bonheur des enfants guérit du désir d’être heureux.

Les jeunes moquent les vieux qui vivent dans le souvenir d’un temps qui n’est plus, les vieux moquent les jeunes qui vivent dans l’image d’un temps qui n’est pas encore. Tous deux s’accordent donc pour dire qu’il ne faut pas vivre avec son temps !

Les hommes sont si vaniteux que leur occupation principale consiste à peaufiner une image que les inconnus qu’ils croisent dans la rue défont et recomposent à leur fantaisie.

Le génie vit d’expédients sur lesquels il bâtit sa renommée.

A présent qu’ils ont sacrifié l’effort intellectuel il reste à la bêtise de longues années devant elle.

La modestie est la figure que prend l’orgueil quand il ne veut pas se présenter nu devant ses détracteurs.

Les hommes sont si malheureux qu’ils ne savent plus reconnaître le bonheur qui au fond du miroir leur tend la main.

Le rire salue en l’homme l’automate qui s’est pris les pieds dans le tapis du monde.

Le rire délivre l’homme de la honte d’être soi. De là sa force salvatrice.

La pensée est un grand coup de hache dans le crâne de l’ignorance. Des étincelles qui en jaillissent l'esprit fait son miel.

La musique rayonne du cœur des choses comme une lumière inconsolée.

Le pardon est cause du rajeunissement spirituel de l’homme. Grâce à lui l’histoire des hommes change de figure à jamais.

Le cœur est une tanière où l’homme vient assouvir sa soif des confins.

Le besoin de grandeur est ce qui dans l’homme survit obstinément à la moisissure du temps.

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